Spanda – स्पन्द – La vibration

Le monde vibre de façon permanente et à tout instant, tous les objets vivants ou inertes sont en vibration. Tout ce qui nous entoure est en vibration. Nous pouvons difficilement le percevoir avec nos sens. Les sens de perception des êtres humains sont peu développés et ne nous permettent pas de percevoir cette vibration. Certains animaux ont des sens de perception plus aigus et sont plus en capacité d’être à l’écoute de cette vibration. Mais de quoi s’agit-il exactement quand on parle de vibration ?

Selon le dictionnaire « Une vibration est un mouvement d’oscillation autour d’une position d’équilibre stable ou d’une trajectoire moyenne. La vibration d’un système peut être libre ou forcée. » Il s’agit donc de l’état d’un corps qui vibre à la suite d’une sollicitation volontaire ou non et de facto, un effet sonore en résulte. Ainsi la vibration d’une corde de violon, d’un bol chantant, d’un cristal, des hélices d’un moteur d’avion se mettent à vibrer dès qu’ils sont sollicités. Mais cette vibration peut être aussi libre sans intervention volontaire comme une fleur, un arbre, la terre, le corps humain ……

Je dis souvent que nous sommes tous des êtres de lumière, nous sommes faits de cette substance cosmique. C’est cette substance qui nous rapproche les uns des autres mais aussi de tout les objets qui nous entourent, ainsi une fleur rentre en résonnance avec vous ou tout autre objet comme un fauteuil, une table, un livre et bien sûr les minéraux, les végétaux et les animaux.

Le mot vibration est surtout utilisé dans le tantrisme, l’école connue sous le nom de Shivaîsme du Cachemire. Dans d’autres courants philosophiques hindou on parle plus volontiers d’énergie. Les deux concepts se rapprochent et se confondent. En occident, ce sont deux concepts très différents, une vibration oscille alors qu’une énergie est un courant. Une énergie produit un travail qui entraine un mouvement (électrique, thermique ou luminosité). Dans ces deux concepts, on parle bien d’un mouvement.

La vibration ou “spanda” est l’un des thèmes fondateurs du tantrisme qui défini le monde comme « la vibration de l’un, accompagné de conscience. Cette vision du monde a été pour la première fois exposée au VIIIème siècle dans la Spandakârikâ. A l ‘encontre du Vedânta, le système philosophique qui à donné naissance au yoga où la réalité suprême est conçue comme inactive, la réalité telle que la perçoivent les écoles tantriques du Cachemire est lumière consciente, énergie de pure liberté; appelé donc Spanda ou acte vibrant.

La quête tantrique est entièrement axée sur l’idée qu’il n’y a rien à ajouter ou à retrancher à l ‘être car il possède l’essence absolue.

Pour atteindre cette essence absolue, le travail va consister à vider notre mental de l’attachement aux formes figées en rendant au corps sa place privilégiée. Le corps est gorgé de vibrations qu’il faudra écouter dans les recoins les plus intimes. Celui qui pénétrera ce corps atteindra la libération. C’est dans la spontanéité que née cette réalité et non dans des concepts, il n’y a donc rien à faire, tout survient dans l’instant présent et ainsi nous atteignons la liberté. C’est difficile pour nous occidentaux de dire qu’il ne faut rien faire, qu’il faut laisser les choses advenir d’elles même. Si nous mettons des barrières psychologiques, alors rien ne peut survenir de façon spontanée.

Lorsqu’on travaille avec les sons, il faut aller au-delà du simple son, il faut se laisser pénétrer tout entier dans tout son corps. Il ne faut pas seulement écouter le son mais se laisser emporter par lui. Il ne faut rien attendre en retour, il faut se laisser transpercer par le son, la vibration et être touché par cette lumière universelle. L’expérience est belle à faire, j’ai pu lors de mon voyage dans le nord de l’Inde être en contact avec les moines tibétains et assister à un Puja, une cérémonie religieuse tibétaine où des moines récitaient des mantras tibétains. La puissance vibratoire est telle que le corps tout entier est sollicité. Voici un extrait de mes Impressions de Voyage :

Dans le tumulte de la ville de Mc Leod Ganj dans la région du Himachal Pradech où les klaxons assourdissent vos oreilles d’occidentaux non habituées à tant de bruit dans les rues, nous rentrâmes dans une maison qui indiquait sur le fronton de la porte d’entrée “Shangrila Hotel managed by Cyudmed Monastery”. Ce n’est pas vraiment un hôtel mais plutôt un ensemble de bâtiments occupés par un monastère tibétain. Depuis que la Chine a envahi le Tibet en 1959, les moines en exil en Inde sont obligés de s’installer là où il y a de place. Ces immeubles ont été transformés en Monastère et occasionnellement il y a des chambres disponibles pour des visiteurs en quête de recherche sur l’enseignement du Bouddhisme Tibétain. En montant les marches très raides de l’hôtel nous arrivons au deuxième étage dans une pièce où le long des fenêtres et sur un coté de la pièce il y avait assis par terre en tailleur sept moines tibétains. Devant eux, une petite table sur laquelle il y avait posé le livre de mantra. Nous nous asseyions comme nous avons pu sur les quelques coussins étalés par terre et sur les deux ou trois petites chaises disponibles. Aussitôt assis, les moines commencent à entonner les mantras. Avec parfois des voix très graves, parfois des intonations très gutturales, les sons venant d’une profondeur mystique. Au fur et à mesure des chants, les moines tournaient les pages dans le sens de la largeur en mettant les pages au dessus du livre. J’aperçu alors cette belle et étrange écriture tibétaine cunéiforme avec de longs traits vers le bas. Certains d’entre eux tenaient dans la main droite un double varja, un objet rituel qui signifie la dureté du diamant et qui désigne la nature indestructible, l’affirmation du Soi et dans l’autre main une clochette qui représente la perfection de la sagesse et l’expérience directe de la vacuité. Je senti mon coeur se serrer, comme un poids venant oppresser ma cage thoracique. La vibration atteignait tout mon corps, j’avais l’impression que toutes les cellules de mon corps vibraient. Le rituel était beau à voir, avec parfois le son des clochettes venant alterner toute une gestuelle avec les mains. C’était très baroque. Certains moines se balançaient au rythme des matras. Moi aussi en fermant les yeux, j’arrivai à me balancer sur mon coussin de façon inconsciente car ce n’était pas moi qui bougeait, mais le son qui me portait vers ce balancement du corps. Dans le frémissement interne de mes cellules et dans l’espace de fractions de secondes la vie s’arrêta et s’ouvra alors un espace de vibration, le spanda. Ces moments magiques ne fussent qu’ouverture du soi vers des espaces de félicité.

 

 

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