L’équilibre du monde : le Dharma

Après cette pandémie mondiale, le monde d’après sera-t-il différent du monde d’avant ? Une grande question qui fait couler beaucoup d’encre ces temps-ci. La pandémie du virus covid-19 aura clairement bouleversé certaines attitudes, certains comportements et surtout cela nous a permis d’avoir une vision différente du monde dans lequel nous sommes. Nous vivons dans un monde cartésien où tous ce qui est blanc n’est pas noir et inversement tout ce qui noir n’est pas blanc. Cependant, les nuances de gris existent. A l’heure actuelle, la question est sommes-nous en danger ?  Le changement climatique, le terrorisme, les incendies, la faim, la pauvreté, la raréfaction et l’appauvrissement des ressources, le consumérisme, les virus …. Un goût de mort plane sur notre planète.  Elle brûle de la Sibérie à la Californie et jusqu’au Brésil. Les écosystèmes deviennent fragiles, des espèces animales et végétales disparaissent tous les vingt minutes. Comment vivre dans un monde qui se meurt ? La vie sera-elle blanche ou noire ?

La réponse se trouve en nous, dans notre capacité à réagir face aux fléaux qui vont inlassablement nous anéantir un jour. Il y a certaines personnes qui vont voir la vie en blanc, voire en rose et d’autres personnes vont voir la vie en noir. Alors de quelle couleur sera notre futur ? La réponse à tous ses dilemmes sera l’amour, la joie, un cours de yoga, une retraite dans un monastère. Répartir l’amour comme le préconise beaucoup de monde c’est bien, indispensable, nécessaire pour voir le chemin différemment que celui qui nous est proposé actuellement. En sanskrit l’amour se dit maitri, c’est-à-dire « devenir un, s’unir ». C’est la capacité de vivre de l’unité, de se sentir responsable des autres et créer des liens. Et puis, il y a d’autre part, certaines personnes qui vont voir le monde en noir, ils vont tout calculer, et créer des scénarios sur un devenir catastrophique, c’est le principe du complotisme.

Et si nous inventions un autre chemin que le noir et le blanc, mais un mélange des deux et de toutes les nuances du gris, du plus claires au plus foncées. Selon l’évolution du monde, la présence de l’homme sur terre est infinitésimale par rapport à l’existence de la planète. Si on reporte l’existence de la planète sur une échelle d’un mètre, la présence de l’homme représente un millimètre. Peut-on dire alors que l’espèce humaine est de passage sur cette planète et qu’elle ne représente à peine l’épaisseur d’un trait ou a-t-elle la capacité à créer un environnement pérenne et non destructeur ? Des solutions existent et tous les jours de nouvelles solutions emergent. L’homme aura toujours la capacité à trouver des solutions pour améliorer sa vie sur terre. Mais il existe aussi une autre manière de voir les choses, un autre chemin et qui est celle que propose le yoga. 

Pour illustrer mon propos, je vais me référer au texte fondateur du yoga, la Bhagavad Gītā. J’ai déjà écrit dans une newsletter ancienne ce texte que vous pouvez lire ou relire ici. Ce texte qui est inséré dans la grande épopée du Mahābhārata fait intervenir deux groupes de personnages qui doivent s’affronter dans une guerre imminente dont l’enjeu est la royauté et de celui qui va récupérer le trône. Les deux protagonistes sont Arjuna le guerrier qui dans cette guerre fratricide doit affronter ces cousins et Krishna le cocher du char d’Arjuna. Ce dernier est angoissé à l’idée de combattre et demande à son cocher de l’aide dans ce dilemme. Krishna alors lui explique le yoga. Le conflit devient intérieur et s’ouvre à une dimension autre du réel que la dualité des forces en présence. (un monde tout en noir ou tout en blanc) C’est ainsi que deux mondes vont s’affronter, le monde des coussins d’Arjuna symbolisé par les forces  du mal ou du non-dharma et celui de la famille d’Arjuna symbolisé par les forces du bien ou le dharma. Le dharma est l’ordre du monde car ce monde ici-bas est composé comme un tissu qui est à la fois un et pluriel. De ce bon équilibre des mondes, l’homme est partie prenante, ce qu’il fait, comment il s’organise et comment il se comporte n’est pas sans conséquence sur le maintien de l’ensemble. En refusant de combattre, Arjuna met en péril l’ordre du monde, le dharma est en danger ; le fait de ne pas agir selon les règles de sa caste va plonger le monde dans le désarroi et la désolation. Nous sommes ici au même point que le monde actuel. Si on n’agit pas selon les règles du dharma, le monde actuel va s’effondrer. Si le fil se déchire parce que l’action de l’homme y est à toujours maitriser et exploiter le vivant pour sa survie et son propre intérêt plutôt qu’à le servir. Le dharma doit être sans cesse préservé nous dit Krishna dans la Bhagavad Gītā. Pour éviter cette dislocation, le yoga nous propose le rituel de l’acte juste. L’homme n’a pas d’autre alternative que d’agir et c’est là son malheur nous dit la Gītā. Le fait d’agir en permanence et à tout instant se traduit en yoga par la notion de la loi du karman. C’est une notion désignant le cycle des causes et des effets de chaque acte. Il est alors la somme de ce qu’un individu a fait, est en train de faire ou fera. Dans le texte, l’action se traduit par karma-yoga qui est synonyme d’action désintéressée. Je cite Krishna dans la Gītā : « nul ne peut en ce monde rester un instant sans agir …… celui qui maitrise ses sens par l’esprit fait preuve de détachement. Accompli l’action qui s’impose à toi. L’action est supérieure à l’inaction. » L’action est nécessaire au maintien de la vie. La question fondamentale que pose Krishna est : quel but donner à cette action ?  Quel est le moteur de chaque acte ? Ce but, ce moteur n’est rien d’autre que le désir. Krishna dit alors « C’est à l’action seule que tu as droit et non à ses fruits » Le propos du texte vise à montrer que le problème n’est pas l’action elle-même mais l’attitude intérieure. Il est important de faire la distinction entre l’effet et le fruit de l’acte. Le salut viendrait par l’abandon du fruit de l’acte, c’est-à-dire qu’il faut abandonner la récolte et les bénéfices des actions, nous dit Krishna. Sinon le désir va se transformer en convoitise, envie, jalousie, et à une appétence sans fin. Vous avez compris que notre époque est caractérisée par les derniers mots évoqués dans la phrase précédente. Alors prenons exemple sur Arjuna qui va à la guerre et combattre ses cousins afin de maintenir le dharma mais dans une attitude de détachement des actes guerriers. Ajustons nos armes écologiques, environnementales, sociales, médicales, économiques …. Et battons-nous pour un meilleur monde. Cette bataille doit être gagnée sans triomphalisme et sans égoïsme dans l’unité de l’amour au centre du cœur de chacun. Alors nous continuerons à agir afin de maintenir l’ordre du monde mais avec une attitude juste et responsable dans l’intérêt de la communauté humaine et pour le bien de la planète.

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