Dhâranâ, l’état vers la médit-action

Dhâranâ, l’état vers la médit-action.

J’avais, en octobre 2016, écrit un article sur la concentration et la méditation. Je vous propose ce mois-ci de revenir sur la concentration uniquement. Comme je l’avais évoqué à l’époque, la concentration est une des huit étapes selon les yoga-sûtras de Patañjali. Elle se situe à la seizième étape juste avant la méditation (dhyâna) et après le retrait des sens (pratyâhâra).

Il est dit dans la Bhagavad Gîta (chapitre 2 strophe 50), que le yoga est bien-être dans l’action. En effet, pour tout pratiquant en yoga, le but essentiel d’un cours de yoga est d’effectuer les postures avec lenteur et avec un maximum de concentration. Cette concentration va ensuite se dévoiler à l’étape suivante, la méditation.

Dans les grandes traditions orientales, les sages ont tous étés de grands agissants. Pourquoi cela ? L’homme est par définition un être qui doit agir, il ne peut pas rester immobile sans rien faire. Il doit constamment s’occuper à une tache ou à une autre. La Bhagavad Gîta nous enseigne que Arjuna, le guerrier valeureux doit agir et combattre ses frères et cousins car c’est de son devoir de combattant afin de ne pas déséquilibrer l’ordre du monde (dharma). Or l’état méditatif est la relation juste à ce qui est ici et maintenant. Cet état d’ici et maintenant est difficile à observer car l’humain est constamment dans un ailleurs. Ce passé et ce futur nous empêchent d’être dans la réalité de l’instant présent. La question suivante est de savoir ce qui nous empêche d’être ici et maintenant ?  La réponse est donnée par toutes les philosophies orientales et plus particulièrement l’indienne et ne fait aucun doute : notre mental occulte la réalité. C’est ce mental qui a permis à l’homme d’évoluer à travers les âges et de construire un monde à son image mais qui s’est érigé en maître de notre demeure intérieure, capturé nos sens, colonisé nos pensées, émulsifiant nos sensations et jetant un voile sur le réel. La méditation doit alors se frayer un chemin dans les méandres de nos pensées. Pour y parvenir, le méditant doit se reposer sur un point d’appui sur lequel son esprit puisse se poser d’une manière stable. 

C’est alors qu’intervient le Dhâranâ. 

On traduit ce mot sanskrit par le mot français concentration. Or ce mot est mal choisi car il fait référence plus généralement à une tension, à une crispation, à un effort douloureux. Pour mieux y voir, revenons au terme dhâranâ qui a pour racine-verbe dhr dont les sens se rapprochent aux mots « soutenir » et « maintenir ». Quand on parle de dhâranâ, on parle plus de recentrage de l’attention. Pour atteindre la méditation stable, il faut recentrer son mental sur une action. Cela semble paradoxal, mais c’est le seul moyen pour arriver à la stabilité et passer à l’étape suivante qui est la méditation (dhyâna)

Alors comment avoir une occupation sans être occupé ?

Il faut au préalable, trouver un état méditatif de l’instant présent, une assise juste et méditative dans un environnement calme. Les deux piliers de la méditation sont l’attention détendue et la conscience ouverte. Méditer en action consiste à être moins conscient de soi-même pour être le plus présent possible dans l’instant présent. Pour y parvenir, il faut s’oublier, ne plus être quelqu’un et dépasser le sens de l’égo. C’est dans cette absence d’égo que l’on fait l’expérience d’une présence totale et immédiate. Cette présence totale de soi passe par le corps. C’est le simple fait d’écouter son corps sans intervenir psychologiquement qui sera au centre de cette médit-action. Quand on sent, on ne pense pas, car on ne peut pas sentir et penser en même temps. Si l’on passe une heure à méditer en mettent l’accent sur le senti du corps, naturellement à la fin de la séance on aura très peu côtoyé la pensée. Il faut sentir le corps s’élargir dans l’action. S’épanouir dans le mouvement de l’action et faire le trait d’union entre l’être et l’avoir. Ce travail sur le ressenti est une action qui ne doit pas avoir de but. C’est le plein vécu de l’acte sans en récolter le fruit qui sera le véritable chemin vers l’étape suivante qui est la méditation « dhyâna ». 

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