Du temps au souffle.


Le temps est cette notion de continuité indéfinie. C’est le milieu où se déroule la succession des événements et des phénomènes, les changements, mouvements, et leur représentation dans la conscience. Il existe deux notions du temps, celui de nos horloges qui ont été inventées par l’homme pour fractionner le temps en année, mois, jour, heure, seconde et milliseconde et celui du temps ressenti qui semble parfois si lent. Ce dernier temps n’est pas mesurable, il est celui  de la pleine conscience lors d’une séance de yoga en posture assise. 

Le temps mathématique que nous gérons nous fait dire que « perdre du temps mais quelle horreur », je n’ai plus le temps de tout faire » « je n’ai pas vu l’heure passer » Or justement si nos actions étaient faites avec lenteur et conscience, nous pourrions alors être à l’écoute de nos ressentis dans la douceur du temps qui s’écoule. Ces espaces d’observation sont des espaces à découvrir au quotidien seconde après seconde. Mais comment développer cette conscience celui-là même sur laquelle chemine tout le yoga. Développer la conscience du temps, c’est accroitre la valeur du temps en développant les facultés de recentrement d’attention. Il a été scientifiquement reconnu qu’une personne à forte capacité d’attention parvient à réaliser beaucoup de choses dans un laps de temps court. Plus l’attention est fine, plus le temps s’allonge. Cela ne veut pas dire qu’il faille reste assis en méditation de façon continue mais de faire les choses avec lenteur et conscience. Tout le travail va consister à un recentrage de l’attention. Et lorsqu’on arrive à ce recentrage, nous sortons alors du temps humain habituel. Nous glissons progressivement hors de notre corps vers une pleine a-temporalité comme l’astronome flotte dans l’a-pesanteur. Cette délicieuse expérience de l’instant pur dont on pressent comme être l’éternité, nous amène vers une libération de soi (moska). Dans ce centre, ce point-germe (bindu), le temps se met à rayonner affranchi du temps humain. Ce temps non-humain se trouve dans la spirale de la vie. Cette spirale évolue dans l’espace et est semblable à l’inspire et l’expire lors de nos respirations. La spirale est en somme tout ce qui permet d’avancer sans violence et avec peu d’énergie. Ainsi donc va s’opérer un lâcher-prise et du laisser-faire, qui nous recommande le yoga pour atteindre une posture stable et ferme et de renoncer à l’effort. C’est donc dans l’immobilité de la posture accompagnée d’une respiration stable et régulière que va s’ouvrir cet espace-temps de la pleine conscience. La spirale de la vie est comme un ressort qui fonctionne dans les deux sens – pression et extension. Comme le souffle il s’ouvre (inspiration) et il se tasse (expiration), On tire, il se détend, on lâche et il revient.  Pour atteindre la posture stable et agréable, le Yoga sutra de Patañjali nous recommande de renoncer à l’effort. Le yoga est un chemin d’ouverture, de laisser-faire, de laisser agir où nous ne pouvons rien faire d’autre que nous ouvrir et nous rendre disponible. Mais dans nos rapports à la temporalité, il faut savoir attendre, se montrer patient, accueillir l’inconnu, bref prendre son temps.

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