Rencontres avec l’Inde d’aujourd’hui

Toute personne qui a voyagée un jour à travers l’Inde a inévitablement fait des rencontres avec la population locale de façon inhabituelle. Ce qui frappe le plus c’est non seulement les couleurs vives des saris pour les femmes et le port du dhoti pour les hommes mais aussi les sourires. Quelques soient le niveau social, pauvre mendiant sans le sou ou riche commerçant, vous verrez toujours des sourires. Lors de notre séjour en Inde du sud pour le stage de yoga et visites culturelles à travers le Tamil Nadu et le Kerala, il y a eu des rencontres exceptionnelles. L’une d’elle fût le prêtre officiant dans le grand temple Arunachalesvara dédié au dieu Shiva à Thiruvannamala dans la Tamil Nadu.

Nous étions arrivé en début d’après-midi dans cette grande ville indenne où se trouve la colline d’Arunachala qui en est le symbole. Cette colline est dite sacrée car elle fait partie des cinq grands lieux shivaïtes de l’Inde. C’est un grand lieu de pèlerinage où lors de fêtes religieuses des milliers de fidèles se rassemblent. Il y avait eu quelques jours auparavant une grande fête et ce jour là, il y avait encore beaucoup de monde. Le temple a la forme d’un carré entouré de muraille et à chaque angle un gopuram, une construction en forme pyramidale. Chaque angle représente les quatres points cardinaux. Après s’être déchaussé à l’entrée du temple, nous avancions lentement entouré de centaines de fidèles qui eux aussi se rendaient au centre du temple pour recevoir le darshan, la bénédiction du prêtre. A un coté du bâtiment central se trouvait une entrée avec un panneau sur lequel on lisait « fast darshan ».  Pour ceux qui pouvaient dépenser 20 roupies, l’accès du temple où officier le prêtre se faisait de ce coté, sinon de l’autre côté il fallait faire une longue queue d’attente. Avec un billet de 20 roupies nous passâmes à l’intérieur du bâtiment. Au centre se trouvait la statue de Shiva, grande magestueuse, en granit noir, portant un dhoti blanc et décorée de fleurs. Un prêtre y chantait des mantras en effectuant des gestes rituels. Des centaines de gens tournaient autour du temple de Shiva dans le sens d’une aiguille d’une montre et face à la statue où se trouvait le prêtre il y avait deux queues, une pour les hommes et l’autre pour les femmes. Les deux queues se croisaient face au prêtre qui donnait le darshan. Depuis mon entrée dans le temple, j’ai ressenti comme une légèreté envahir mon corps. J’étais comme attiré vers le haut et en même temps mes pieds étaient bien enracinés dans le sol. Cette impression de légèreté est, je pense, due à la ferveur des croyants qui grâce à leurs prières dégageaient une énergie qui se diffusait dans l’ensemble du lieu. J’approche lentement du prêtre qui tenait dans une main un plateau contenant une lampe à huile et deux pots dont un contenait une poudre blanche et l’autre une poudre rouge. Je lève la tête et je vois le prêtre torse nu et cordelette à travers son torse, il avait un visage radieux sans sourir. Je pose mes deux paumes des mains sur la flamme puis je les rapproche de mon visage, je répète le geste deux fois et le prêtre marque sur mon front avec la poudre blanche un trait horizontal et avec la poudre rouge un point. A la suite de ce geste, il me donne une cordelette orange à mettre autour de mon poignet et je dépose sur le plateau le billet de 20 roupies. Je ressors complètement transformé, comme si Shiva m’avait fait entrevoir le royaume de l’éternité. Après une telle expérience énergétique, je suis resté assis dans un coin du temple afin de retrouver mes esprits. Durant des heures, je suis resté avec un mental clair et un esprit ouvert au monde. Malgré mes pieds bien enracinés dans le sol, j’avais l’impression de flotter.

La deuxième rencontre a eue lieu aussi dans cette ville de Thiruvannamala. En face du temple d’Arunachalesvara se trouve l’ashram de Ramana Maharshi. Il a été l’un des plus grand sage de l’Inde. A l’âge de 16 ans, il a ressenti la mort arriver, il s’est ensuite mis en extase profonde. Cette expérience mystique le transforme et lui fait comprendre la nature de la vie. Il se rend alors dans le temple à Tiruvannamalai et restera, pendant plus de deux ans, presque immobile, dans un état de total détachement. Il fonde ensuite l’ashram où des centaines de fidèles suivent sont enseignement. Ramana Maharshi qui lisait les textes sacrés en sanskrit, les a beaucoup étudiés et a écrit beaucoup d’ouvrages à leurs sujets. Après avoir enlevé nos chaussures à l’entrée de l’ashram, nous sommes restés quelques heures à sentir l’ambiance de ce lieu magique. Pour beaucoup de personnes dans le groupe ce fut une première expérience dans un ashram.  L’ashram est composé de plusieurs bâtiments dont un dédié au maitre spirituel fondateur des lieux. Comme il a eu l’illumination à l’âge de 16 ans, lors de sa mort, son corps n’a pas été brulé mais enterré. Son tombeau est dans un des bâtiments et mitoyen à une grande salle où trône sa statue et qui est dédiée aux cérémonies. Les fidèles tournent en rond au minimum neuf fois autour de la statue. Parfois et soudainement, des fidèles s’assoient par terre et se mettent à chanter des mantras accompagnés de musiciens. Ramana s’était installé sur la montagne sacré dans une grotte à mi-chemin du sommet pour méditer. Une des visites à faire dans ce lieu est justement de gravir la montagne sacrée jusqu’à la grotte. Pieds nus, nous voilà sur un chemin caillouteux qui nous mène à cette grotte. La montée fût rude et difficile pour nos pieds habitués à marcher toujours en chaussures. Accompagné d’un de mes élèves, nous marchâmes lentement et de façon méditative. Au bout d’un certain temps, nous sommes rattrapés par deux garçons. Après les avoir salués et échangés quelques mots, nous reprîmes la marche dans le silence. Au fur et à mesure que nous approchions de la grotte, l’atmosphère devint plus légère, non pas parce que nous quittions la chaleur étouffante de la ville mais parce qu’une énergie se dégageait en approchant ce lieu mystérieux. Arrivés devant la grotte, on trouve non pas une grotte mais une petite maison accolée à la colline. Comme dans le temple d’Arunachalesvara, je me suis senti de nouveau flotté, une sensation de légèreté a envahi mon corps tout entier. L’un après l’autre et en silence, nous pénétrons dans cette maison éclairée seulement par une lampe à huile. Un prêtre assis dans un coin de la pièce surveillait les lieux et face à lui une femme assise en profonde méditation.  Mon cœur s’est mis à battre plus fort, des frissons ont envahis mon corps. Cet espace a été pendant des années uniquement consacré à la méditation. Après un bref moment, les battements de mon cœur se sont ralentis  et une joie immense m’a envahi. Après une telle expérience, nous avions tous les quatres de larges sourires et nous nous sommes enlacés dans une grande étreinte. La descente fut agréable, avec un pas lèger, nous étions heureux.

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