La peur par temps de Coronavirus

En rentrant de ma petite promenade journalière autour du quartier pendant cette période de confinement obligatoire lors de la pandémie du coronavirus, je suis tombé nez à nez avec un résidant de mon immeuble sur le seuil de la porte d’entrée. Il portait un masque sur son visage qui recouvrait le nez et la bouche, et ses mains étaient gantées. La porte d’entrée de mon immeuble a une grande vitre qui permet de voir qui se trouve de l’autre côté. Nous tenions chacun la poignée et au travers de la vitre j’ai vu cet homme complétement paniqué en me voyant. Ses yeux montraient une angoisse non contrôlée à l’idée de devoir se croiser sur le seuil de la porte. Il eut un geste de recul et son corps se recroquevilla lorsque je me suis avancé en poussant la porte. Il attendit que je m’éloigne pour passer à son tour vers la rue. 

Depuis plusieurs jours maintenant, nous vivons une crise sanitaire sans précédent. Un nouveau virus est venu perturber nos vies tranquilles. Celui-ci est plus dangereux que celui de la grippe car même si le mode contagion est le même (par contact de gouttelettes), il n’y a pas de traitement efficace, il n’y a pas de vaccin, et il y a surtout une létalité élevée. Des mesures draconiennes ont été mises en place pour protéger les habitants afin de limiter la propagation dans la population  et surtout pour éviter les engorgements des services de santé.

A travers tout le pays, des mesures de distanciations sociales ont été mises en place, à savoir ne plus avoir de contact physique avec d’autres personnes (se toucher ou s’embrasser) et respecter une distance d’au moins un mètre entre les personnes. Il a été aussi mis en place pour la première fois dans l’histoire du pays un confinement généralisé de toute la population. 

La situation fait peur et cela se comprend face à tant d’incertitude. La peur est une émotion qui se ressent face à un danger dont ne connait pas la perspective. Elle est une réaction normale qui nous protège face à un danger (ici, le virus). Cette peur place le corps en alerte par des réactions inconscientes (ici, le résident de l’immeuble qui se recroqueville derrière la porte). Cette mise en action du corps est provoquée par la stimulation d’une zone située à la base du cerveau qui va secréter de l’adrénaline. Cette substance va agir sur le cœur, les vaisseaux sanguins et les muscles. Cette situation devient positive lorsque notre attention et notre concentration se renforcent et nous met dans un état de recule face au danger. Par contre elle peut être négative avec des réactions physiques et même psychologiques. 

La peur engendre trois réactions fondamentales : le refoulement, l’évitement et la lutte.

Dans notre société dite civilisée et moderne, la peur est alimentée de façon constante. En écoutant les informations à la radio ou encore pire en les regardant à la télévision, cette peur est traitée de façon exceptionnelle et toujours sensationnelle. Lors de cette pandémie, on montrait souvent à la télévision des images de personnes en détresse respiratoire sur des lits de réanimation entouré d’une énorme quantité d’instruments médicaux. Ses images peuvent être angoissantes pour beaucoup de gens et surtout ne laissent pas indifférent. Certes, on peut éteindre le poste de télévision et ignorer ce qui se passe dans l’actualité. On peut aussi ne pas suivre les commentaires sur les réseaux sociaux. On peut aussi s’enfermer, ne plus sortir, se couper du reste du monde. 
Mais, il est préférable d’avoir une attitude qui vise à diminuer l’emprise de la peur sur soi. La peur est un lien entre une survie immédiate qui mobilise tout le corps (l’attitude de l’homme à la porte de l’immeuble) et une fuite d’un danger de mort imminente ou à postériori. D’un point de vue médical, la peur est un facteur aggravant de baisse d’immunité. Le virus se développerait plus facilement si le corps à une immunité faible. Cet état peut provoquer une véritable paralysie de l’existence.

En yoga, la peur est identifiée dans les Yoga Sutra de Patanjali comme l’une des quatre sortes d’afflictions. Il y a cinq sortes d’afflictions ou d’ignorance qu’on appelle les cinq facteurs de servitude ou les cinq klesha.  

Avidyā ou l’ignorance

Asmitā ou le sentiment d’individualité ou égo

Rāga ou l’attachement aux plaisirs et aux objets

Dvesha ou l’aversion, ce sentiment d’antipathie violente, voire de répulsion

Abhinivesha ou la peur de la mort et la tendance à s’accrocher à la vie.

C’est bien ce dernier klesha qui fait réagir l’homme lorsqu’il se trouve dans des situations extrêmes de peur. La peur de mourir, la peur de ne pas contrôler la situation et je me recroqueville derrière une porte. L’attitude à prendre est celle de laisser la peur survenir, de la voir en face, d’abandonner l’idée de la briser et plutôt l’accueillir sans la laisser nous déborder. Oui, je sais c’est plus simple à dire qu’à faire. 

Alors, comment se libérer des liens, comment ne plus avoir peur de ses peurs ?

En pratiquant le yoga postural (āsana), la méditation (dhyāna) et en étudiant les textes (svādhyāya), on prend conscience, à un moment donné, qu’il faut prendre du recul face à nos actes quotidiens, avoir une vision du monde ouverte et se dire qu’il n’y a qu’une chose qui vaille la peine de réfléchir, c’est l’action désintéressée dans l’instant présent. Je pousse la porte de mon immeuble, je fais un pas de côté et je laisse passer l’homme. Lentement et avec conscience, j’ai évité que la peur m’envahisse. 

Portez-vous bien et protégez-vous.

OM Shanti 

2 réflexions sur “La peur par temps de Coronavirus”

  1. La peur nous a paralysée , confinée, éloignée de nos semblables et a réduit notre système immunitaire! L’homme n’est plus capable de de comprendre son corps interne pour maîtriser la situation externe!

  2. Merci Daniel, Très bien écrit et exprimé.
    Plein de belles pensées pour toi et tes proches.

    A bientôt le plaisir de se parler au téléphone ou se croiser quand ce sera possible.

    Bises sincères
    Carole

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