La terre, l’enracinement.

Un monde sans visage, un monde sans contact physique est un monde qui perd pied. Ce virus nous a appris à être méfiant des uns des autres, à garder nos distances afin de se protéger et en même temps protéger les personnes qui nous entourent. Mais ce monde sans relation ou si peu est un monde où la peur est présente de partout. Avoir peur d’un virus mortel est normal. Il faut pratiquer les gestes barrières et se protéger par des masques ou tout autres équipements afin d’éviter la propagation du virus.

Mon propos dans cette newsletter va être de comprendre ce que cette épidémie nous apprend sur nous-même et sur nos attitudes. Le monde d’avant était déjà assez agité, un monde déséquilibré où avoir les deux pieds enracinés dans le sol n’était pas toujours évident à réaliser pour certaines personnes. Au début d’un cours de yoga, je mets en place la posture de samathiti, une posture debout en équilibre sur nos deux pieds qui s’enfonce dans le sol. Cette terre qui nous permet de rester debout, qui nous soutient et nous nourrit. Cette terre nous donne stabilité et force de gravité. C’est grâce à cette attraction vers le bas qu’on peut rester en équilibre sur nos deux jambes. La terre se régénère pour nous offrir abondance de nourritures. C’est la raison pour laquelle il faut la respecter et éviter les techniques invasives qui puisent ses ressources naturelles. La respecter c’est prendre conscience de nous même et notre corps physique.

Dans notre corps physique, l’élément terre correspond à la structure dense de notre corps. Et sur le plan psychologique, elle consolide notre stabilité émotionnelle. Elle nous enracine dans la matière, elle est le matériau de construction de notre incarnation.

Le corps du yogi(ni) doit être fort stable et harmonieux, afin que les énergies subtiles puissent circuler librement.

Les éléments de la nature sont au nombre de quatre, la terre qui représente l’élément solide, l’eau qui représente l’élément liquide, le feu qui représente l’élément de combustion et enfin l’air qui représente l’élément gazeux. Toutefois, l’Inde et d’autres disciplines comme la médecine chinoise en ont rajouté un cinquième – l’éther – qui représente l’espace ou le ciel.

En sanskrit, les éléments de la nature dit aussi éléments grossiers les Mahâbhûta sont : la terre ou sol (prithivi) ; l’eau (ap) ; le feu ou énergie (tejas) ; l’air ou le vent (vâyu) et l’éther ou ciel ou espace (âkâsha).

La terre est dense et elle va naturellement s’associer avec ce que nous avons de plus dense dans notre corps, nos os, nos muscles, notre peau, nos ongles et aussi dans nos graisses. L’eau de par sa fluidité va se rapprocher des fluides dans notre corps. Le feu sera aussi assimilé à la digestion, à la cuisson de nos aliments. L’air va s’installer dans nos poumons et enfin l’éther se répandra partout car étant le plus léger, il se niche dans tous les coins et recoins de notre corps.

On peut voir dans les grands éléments comme autant d’étapes à travers lesquelles la création prend forme et la vie s’incarne. Allant du plus léger et du plus transparent (l’éther) vers le plus dense et le plus opaque (la terre), ces cinq éléments se retrouvent intégralement dans l’anatomie du « corps subtil » (sûkshma sharîra) à laquelle se réfèrent le Hatha yoga et le Tantra.

En yoga, nous retrouvons ces éléments dans la pratique des postures. Quel que soit la posture réalisée, elle sera liée aux cinq éléments en même temps. La terre sera notre enracinement de nos pieds pour nous ancrer vers une stabilité suspendue entre ciel et terre. Le mouvement de l’eau nous fera prendre conscience de ce qui est en nous. Le feu qui se consume dans notre abdomen sera diminué par des postures d’inversion et des rythmes respiratoires spécifiques. L’air est cet espace rempli d’énergie. En yoga, l’air détermine par exemple l’extrême attention que le yogi(ni) porte à la connaissance et à la maîtrise du souffle. L’éther est présent dans tout notre corps, il nous fait découvrir ce qui est autre et ce qui nous échappe. Le yoga est créateur d’espace, c’est la capacité à aller toucher de l’intérieur par le souffle, l’espace que l’on se construit.

Si l’on prend dans l’ordre terre, eau, feu, air et éther, nous allons du plus lourd au plus léger, de la terre à l’air et même au-dessus l’espace.

La terre est un principe féminin qui donne naissance à la vie (végétaux – animaux – homme). Dans la médecine chinoise elle serait une énergie yin. Cette densité va nous amener vers un attachement de la terre vers notre enracinement. Il correspond au premier chakra mûlâdhâra (racine). 

L’importance de retrouver nos enracinements par nos pieds en position debout va nous permettre de nous relier à la terre afin d’avoir un corps solide en équilibre entre ciel et terre. Quand on pense à enracinement, on pense à ancrage, stabilité, assurance, équilibre et solidité. Dans cette prise de conscience émerge naturellement une pratique de méditation et qui se traduit par notre capacité à rester solidement dans l’instant présent. En pratiquant l’enracinement, nous développons une certaine forme de sérénité. On devient comme un arbre solidement enraciné dans la terre, ainsi nos émotions ne nous emportent plus comme un coup de vent et nous pouvons développer la confiance. Mais la terre n’est rien s’il n’y a pas l’eau, le feu, l’air et l’éther car tous les éléments sont reliés entre eux. Ces éléments se retrouvent dans notre corps, dans notre nourriture et dans tous les objets qui nous entourent, dans l’air que nous respirons où le virus peut s’y trouver.Ce virus a développé en nous des émotions que nous n’arrivons pas toujours maitriser. Pour arriver à stabiliser nos émotions, la pratique de l’enracinement avec nos pieds bien calés au sol ou la pratique de l’assise en méditation permettront de mieux vivre cette période difficile afin de développer sérénité et paix intérieure.

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