Le Prānāyāma : Le souffle ou l’énergie du yoga

L’air est un élément essentiel qui relie l’être humain au monde. C’est un bien que nous partageons avec tout le monde. Dans le cadre du yoga il est considéré comme souffle-énergie et les textes sur le yoga le place comme une expérience exceptionnelle et unique. Du temps des veda (vision ou connaissances révélées, vers 1 500 ans avant JC), les rishi (les sages qui voient) dans leurs quêtes de faire diminuer voire éviter les souffrances intérieures de l’être humain, ont témoigné de méthodes expérimentales sur la respiration qui ont résisté à l’épreuve du temps et qui se sont transmises d’abord par oral puis ensuite par écrit. L’un des plus anciens textes le Rig-veda considéré comme texte de la révélation védique traite sur le contrôle du souffle dont voici un extrait : 

« Que le souffle porte le remède, bonheur, réconfort pour nos cœurs, prolongeant nos durées de vie. Toi, souffle, tu es certes pour nous un père, un frère et un ami, apporte-nous la vie, Ô souffle. À cette ambroisie-là, Ô souffle, qui est cachée en ta demeure, donne-nous part pour que nous vivions. »

Quelques siècles plus tard, le plus célèbre texte du yoga et son application pratique est le Hatha-Yoga-Pradīpikā « lumière sur le yoga » qui a été composé au XVème siècle par un yogin nommé Svātmārāma Yogīndra, est une synthèse de différentes techniques posturales et de la respiration. Le propos de ce texte est d’éveiller la pleine conscience du pratiquant en exerçant toutes les facultés de l’être. Les moyens d’actions préconisées pour y arriver portent sur le contrôle du souffle, les mudrā (sceau, geste pour sceller la posture) et les bandha (les fixations, les ligatures). Le deuxième chapitre (78 shloka) est entièrement consacré au prānāyāma (technique de l’allongement du souffle) et est le texte de référence dans le contrôle de la respiration.

Le prānāmāya est donc un ensemble de techniques qui mettent en jeu le contrôle de l’énergie-vital appelé prānā au moyen de la respiration. 

Prānā, dans la cadre du yoga correspond au souffle-conscience-énergie agissant au cœur de toute chose existant dans l’univers.

Āyāma designe le contrôle, la maitrise et la régulation des souffles vitaux.

 Le prānāyāma est donc la régulation des souffles vitaux et la libération du souffle-conscience-énergie.

Mais avant d’entrer dans les techniques du souffle, il est souhaitable au préalable au yogin d’avoir acquis une attitude physique parfaitement maitrisée et adéquate. Lorsque les postures seront stables et agréables nous dit le Hatha-Yoga-Pradīpikā alors le yogin pourra d’adonner aux techniques des souffles. L’acquisition de la stabilité corporelle est indispensable et à mettre en résonnance avec la stabilité mentale. L’arrêt du désordre mental se fait qui si la respiration est maitrisée et régulière d’instant en instant. Quand cela est maitrisé, la technique respiratoire va plus loin avec les suspensions du souffle nommées kumbhaka (le pot ou le vase). On retient la respiration à la fin de l’inspiration ou à la fin de l’expiration et se travail va introduire la notion du temps, de maintien des suspensions et donc des rythmes du souffle. Enfin la dernière étape sera l’arrêt des mouvements du souffle dans le sens littéral. Il n’y a plus de circulation du souffle ni de suspension, c’est ce qu’on appelle l’étape ultime du prānānāma le kevala prānānāma.

Il y a deux sortes de kumbhaka, bāhya Kumbhaka, la suspension du souffle poumon plein et antara kumbhaka, la suspension du souffle poumon vide.

La première prise de contrôle de la respiration concerne l’expiration (rechaka), parce qu’elle est facture d’élimination des tensions intérieures. Elle favorise le lâcher-prise. À l’inverse, l’inspiration (pūraka) amène le souffle à l’intérieur du corps et qui est considéré comme un mouvement d’absorption du prānā (énergie vitale). La suspension du souffle (kumbhaka) représente le centre du procéssus, à tel point que le prānāyāma peut se définir par la maitrise des arrêts rythmés du souffle. Et pour être complet, il faut ajouter à ses notions d’expiration, inspiration et suspension de la respiration, la notion de desha, la concentration en un lieu du souffle et la notion de kala, le temps et la durée de chaque respiration.

 Quelles fonctions sont attribuées aux pratiques des contrôles de la respiration ? La réponse est donnée dans le Hatha-Yoga-Pradīpikā dont voici un extrait : 

« Lorsque le souffle est agité, l’esprit est agité. Lorsque le souffle est immobile, l’esprit est immobile, le yogin atteint la fixité. C’est pourquoi on doit arrêter le souffle. Tant que le souffle réside dans le corps c’est la vie. La mort c’est le départ du souffle. C’est pourquoi on doit arrêter le souffle. » (HYP 2.2-6)

Le contrôle et la suspension du souffle calment les agitations du mental, réduisent l’agitation intérieure. Ils créent les conditions d’une meilleure attention, plus stable, augmente la faculté de discernement. Cette maitrise est salutaire dans la vie quotidienne et nécessaire pour préparer la méditation.

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