L’instant présent

De nous jours, on entend très souvent dans les cours de yoga ou dans les ouvrages de développement personnel, qu’il est important de pratiquer l’instant présent pour faire face à la vie tumultueuse. Ce travail sur la pleine conscience, Eckhart Tolle en 1997 en avait fait le sujet principal dans son livre « Le pouvoir de l’instant présent ». Les contraintes contemporaines qui sont très chronophages nous confisquent le présent par des technologies toujours de plus en plus sophistiquées. Elles nous font croire que chaque instant passé devant nos écrans n’est que de faux espoirs de vivre l’instant présent car on est toujours dans l’attente de nouvelles notifications.  Mais vivre l’instant présent n’est pas chose facile car ce n’est pas programmable. L’attitude qui consiste à se dépêcher et de jouir des choses de la vie découle en réalité d’un rapport anxieux avec la réalité du monde. Cette façon de vivre chaque instant est le reflet d’une société qui a érigé l’hédonisme au rang d’impératif à poursuivre en toute occasion.

Vivre l’instant présent consiste au contraire à vivre comme si la vie était non comme un dû mais comme un cadeau. La recherche du bonheur consiste à apprécier chaque instant sans y donner un jugement de valeur ni être dans la peur qu’ils ne disparaissent. Il faut jouir de la vie comme si chaque instant était non pas le dernier mais au contraire comme si c’était le premier. Dans un cours de yoga, je traduis ceci en disant d’être neuf dans la posture que vous êtes en train de faire. Soyez neuf et ne cherchait pas la performance, n’allez pas copier ni le professeur ni les élèves mais faites la posture avec un regard neuf comme si c’était la toute première fois que vous faite la posture de votre vie. 

La quête du bonheur consiste à accorder l’instant présent avec simplicité. Il y a des obstacles à surmonter dans cette quête du présent et le plus important est celui du temps qui s’écoule sans cesse comme un fleuve qui coule lentement et qui emporte tout sur son passage. Les flux temporels sont souvent représentés par une flèche suggérant l’obligation de suivre le courant du temps donc l’impossibilité de demeurer immobile. On ne peut pas arrêter le temps, il coule de la même façon pour chacun. C’est dans la pratique de la méditation, que l’on s’aperçois de la difficulté d’observer l’instantanéité du temps notre mental est là, sans cesse en activité et qui nous dit qu’il y a un après et encore un après et encore un après. 

Du côté des philosophes, Platon nous dit que le moment présent se trouve entre un mouvement et un repos sans être dans aucun temps. Et du côté de la science, il n’y a rien car trop bref pour être saisi. Pour tenter d’expérimenter le temps présent, il faudrait que l’on apprenne à bien l’utiliser ou à bien le remplir pour éviter de courir constamment après lui. Il ne faut pas avoir peur du moment présent car il n’a pas de finalité contrairement à futur. Selon la science, nous nous projections dans l’avenir au lieu de vivre l’instant présent et cette projection serait inscrite dans notre cerveau. Contrairement aux animaux qui ont un horizons temporel limité, l’être humain vit dans des projections professionnels, familiaux et personnels à long terme. Ses projections lui donnent sens à sa vie, ce qui a sans doute contribué au développement de nos sociétés. Sauf, qu’un excès d’anticipation peut créer un stress physique et psychologique. Dans l’expérimentation de l’instant présent il y a notre corps qui lui est solidement et constamment ancré dans le présent, dans le réel. Pour aller vers cet instant présent, il suffit d’accorder au corps toute notre attention. Dans les tâches quotidiennes marcher, manger, se laver les dents, faire la vaisselle, mais aussi lors d’un cours de yoga et plus particulièrement pendant une séance de méditation. De nos jours, on parle beaucoup de « pleine conscience » qui nous invite à faire une pause, à prendre conscience du monde qui nous entoure. Je dis souvent qu’il faut prendre le temps pour rentrer dans la posture, d’y rester un certain temps et prendre le temps aussi d’en sortir. Enraciné dans notre socle, la pratique posturale fait émerger grâce à la présence du souffle, la mesure du temps présent. Le yoga et la méditation nous aident à prendre du recul par rapport à notre flux mental et à ouvrir ainsi la porte qui donne accès à l’Être.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour haut de page
X
X