Le Chant du Bienheureux – La Bhagavad Gîtâ – भगवद् गीता

 

La Bhagavad Gîtâ est un texte central dans la philosophie hindoue et la culture indienne. C’est un texte qui accorde une place très importante à l’enseignement du yoga.

La Bhagavad Gîtâ est bien plus qu’un texte, c’est un chant. C’est le Chant du Bienheureux.  C’est un poème qui comporte dix huit chapitres ou dix huit chants et sept cent versets. Mais qui est donc ce bienheureux ? C’est le Seigneur Krishna, c’est lui qui parle dans la Bhagavad Gîtâ. C’est un dialogue entre un maitre le Seigneur Krishna et son disciple Arjuna. On pense d’une manière certaine que ce texte a été composé vers le troisième ou le  deuxième millénaire avant JC. C’est un texte qui a été composé et transmis au début oralement. La Bhagavad Gîtâ a un double statut; il est d’abord un texte révélé donc sacré comme l’est au même titre la Bible. Mais à la différence de la Bible, il est aussi un texte traditionnel car il se situe à l’intérieur d’une des plus grande épopée indienne le Mahâbhârata महाभारतं.

La Mahâbhârata raconte l’histoire d’un conflit entre deux groupes de cousins. Un  s’appelle les Kaurava, ils sont une centaine de frères et l’autre les Pandava ils sont cinq frères fils du roi Pându. Les Pandava et leurs cousins, les Kaurava, vont s’affronter pour la conquête du pays des Arya, au nord du Gange. Ces cousins vont être élevés ensemble et un antagonisme va se dessiner rapidement entre les deux groupes. Le vieux roi Dhrtarâstra de la famille des kaurava qui est aveugle doit céder son trône à son neveu Yudhisthira, l’ainé des Pandava.  Le neveu est le fils de la Reine kuntî et d’un Dieu car son mari le Roi Pându ne pouvait pas avoir d’enfant. Pour avoir ces enfants, la Reine a un pouvoir qui était d’invoquer un Dieu à sa guise et d’avoir un enfant avec lui. Le Roi lui demande d’user de ce pouvoir pour avoir des enfants. Ils auront cinq fils. Le premier Dieu qu’elle invoque est le Dieu Dharma (la loi universelle sur laquelle tout est fondée et qui assure l’équilibre et l’harmonie de l’univers).  Dharma est le premier mot de la Bhagavad Gîtâ. Le trône devait revenir au premier fils car il est fils du Dharma. Or le fils ainé des kaurava par des ruses va s’emparer du trône et le conflit va devenir de plus en plus fort jusqu’à l’imminence d’une guerre. C’est deux antagonismes entre deux forces qui vont s’affronter sont les forces du Dharma (ce qui va dans le sens de l’équilibre et de l’harmonie des choses) et les forces du Adharma (non-dharma – force de désolation, de destruction). L’ainé des kaurava qui représente le non-Dharma va s’emparer du royaume, il va tricher, il va même essayer de supprimer ses cousins. Lorsque la guerre est imminente, Le Seigneur Krishna va jouer le rôle de médiateur pour éviter la guerre. Il va essayer de raisonner les kaurava. Ils refuseront de partager le royaume avec leurs cousins. Ils refuseront ainsi d’être confrontés au Dharma pour éviter que cette force devienne dominante. Alors, tous les princes de l’Inde vont participer à cette guerre soit du côté des kaurava soit du côté des Pandava.

Le premier jour, ils sont tous rassemblés sur le champ de bataille de Kurukshetra. Du coté des Panda ,il y a Arjuna, il est le troisième des cinq frères, il est le héro par excellence. Il a même réussi à obtenir du Dieu Shiva une arme capable de tout détruire. La victoire repose sur ses épaules. Il est monté sur son char avec son arc et conduit par le Seigneur Krishna (le cocher). Lors du préparatif de la guerre, le Seigneur Krishna va propose de mettre toutes les armées des deux camps face à lui seul sans arme.  Lorsque les deux représentants sont face à face, Arjuna répond immédiatement qu’il choisi Krishna comme conducteur de son char. Le chef des kaurava est ravi car il aura toutes les armées y compris celle d’Arjuna.

L’un a choisi les règles de l’action juste, celle de la sagesse et l’autre a choisi la force. La bataille peut commencer. C’est le début de la Bhagavad Gîtâ ; Le roi aveugle ne participe pas au combat, mais tout lui est rapporté par un messager. Celui-ci, raconte que le char d’Arjuna s’avance et il demande au Seigneur Krishna d’arrêter le char afin qu’il puisse observer ces armées qui lui font face. Krishna arrête son char et Arjuna se rend compte que dans le champ adverse il y a son grand oncle a qui l’on doit honneur et respect, ses oncles paternels, ses beaux frères et beaux pères. C’est une guerre fratricide qui va a la destruction de la famille, il est pris de panique, de confusion, d’angoisse et va dire je ne peux pas combattre !  C’est le  point de départ de l’enseignement du Seigneur Krishna qui sera donné sous la forme d’un dialogue entre maitre et disciple. Arjuna descend du char et pose son arme au sol, il ne peut plus combattre. Il s’en remet à son maitre car il est incapable de comprendre ce qu’il se passe. Arjuna dit : « Je suis ton disciple, instruit moi car tout seul je ne peux pas. Je ne vois pas ce qui pourrait dissiper mes sens ». Ce conflit se situe aussi sous le plan individuel, car Arjuna fait parti de la caste des guerriers les Kshatriya. Son devoir est de combattre afin de garder les forces du Dharma. Quand il est pris de panique, il est pris d’un conflit intérieur. Comme il est le représentant de sa caste et est solidaire aux principes de sa caste, il se désolidarise de celle-ci et c’est l’émergence de l’objection de sa conscience individuelle. Il renonce au monde, il doit vivre de prières pour connaître la libération. C’est un antagonisme entre deux conceptions du Salut, l’une prône l’engagement dans l’action afin de participer au maintien du Dharma, et l’autre  prône un retrait de l’action afin de se consacrer par la médiation et la solitude dans le silence des espaces intérieurs sans activités humaines afin d’atteindre la délivrance. Pour répondre à l’aspiration à la délivrance, devons-nous quitter les lois de l’action ? Seul le retrait de l’action nous offre la possibilité de répondre à cette aspiration de la délivrance. Quel est le poids de nos actes dans l’ordre et le désordre du monde, où se situe notre liberté dans l’action ? Tout ce que je fais, fait partie de la caste dont j’appartiens. Arjuna ne peut plus agir, car il s’est désolidarisé de sa caste. C’est le problème que pose la Bhagavad Gîtâ, l’antagonisme n’est pas entre deux conceptions du salut, c’est deux manières d’être et de se positionner dans l’action, l’une conduit à l’aliénation et l’autre maintient la cohésion du monde dans la ronde des renaissances et qui peut nous conduire à la délivrance. Pour ne pas d’équilibrer le monde, Arjuna n’a pas d’autre choix que de combattre ces cousins. La bataille va être terrible. La grande guerre du Mahâbhârata fut effroyable, et les Kauravas furent complètement anéantis. Yudhisthira, pendant trente-six ans, régna avec justice sur le royaume réunifié et prospère.

 

Chant 3, verset 41

Aussi commence, Arjuna, par maitriser tes sens,

Chasse en effet ce malfaisant

Car c’est lui qui détruit

La perception de la connaissance.

 

Chant 3, verset 42

Au-delà du désir sont les sens, au-delà des sens est la  pensée

Et par-delà la pensée est la conscience,

Au-delà de la conscience est l’âme incarnée.

 

Chant 3, verset 43

Sachant qu’elle est au-delà de la conscience, affermis-toi par elle,

Frappe, ô guerrier, ton ennemi dont la forme est désir,

Dont le contact est un danger

 

Source : Bhagavad Gîtâ traduit du sanskrit par Alain Porte, édition Aréla

 

तस्मा त्वम् इन्द्रियाणयादौ नियम्य भरतर्षभ​

पाप्मानं प्रजहिह्येनं ज्ञान्विज्ञाननाश्नन्म् ॥३-४१॥

इन्दियणि पराणयाहुरिन्द्रियेभ्यः परं मनः

मनसस्तु परा बुद्धिर्यो बुद्धेः परतस्तु सः ॥३-४२॥

एवं बुद्धेः परं बुद्ध्वा संस्तभ्यात्मानमात्मना

जहि श्त्रुं महाबाहो कामरूपं दुरासदम् ॥३-४३॥

 

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