Première Partie : Les Véda et les Upanishad

Cette newsletter est la première partie d’une série de trois articles consacrés à la philosophie indienne. Ce mois-ci vous aurez une synthèse de l’origine du yoga avec les textes les plus anciens les Veda et les Upanishad. Ensuite, au mois de juin, je vous raconterai la belle histoire de Krishna et Arjuna dans l’un des textes fondateurs de la philosophie du yoga, la Bhagavad Gîtâ. Et enfin en juillet, un article sur les autres systèmes philosophiques indiens dont le Samkya et le Yoga.

Les véda sont les plus anciens monuments littéraires et religieux de la civilisation indienne. En sanskrit, le mot véda (वेद) veut dire vision ou connaissance. A l’instar de la Bible et du Coran, il n’y a pas d’auteurs déclarés qui ont rédigés ses textes car ils ont été révélés par l’audition de sages clairvoyants. Ces derniers que l’on appelle Rishis ont entendus la Parole sacrée. Cette connaissance révélée a été ensuite transmise oralement de Brahmane à Brahmane c’est à dire de prêtres à prêtres. Ces textes comportent quatre recueils, Le Rig-veda, Le Yajur-veda, le Sama-veda et le Atharva-veda. Le Rig-véda contient plusieurs milliers d’hymnes adressés aux principaux dieux du panthéon védique comme Indra, Varuna, Sama …. Le Yajur-véda est un recueil de formules sacrificielles. Ce sacrifice est pris dans le sens d’un rite quotidien qui consiste par exemple en une libation de lait fraîchement trait avant le lever du soleil, puis le soir mais aussi par exemple de sacrifice d’animaux. Le Sâma-véda est une collection de mélodies rituelles. Et enfin le Atharva-véda qui rassemble le savoir propre à une classe particulière de Rishis, dont les Atharvans. L’ensemble de ses quartes recueils a été révélé entre 1500 et 1200 ans av. JC. Conçus essentiellement comme une Parole, les Véda furent mémorisés et transmis oralement pendant trois millénaires et ne furent fixés par écrit qu’au XIV ième siècle de notre ère. La pensée indienne a voulu exprimer en permanence la Vérité afin que l’ordre du monde qu’on appelle le Dharma soit toujours en équilibre. Cette vérité, qui n’a jamais eue de commencement, coïncide avec une autorévélation de l’Absolu, c’est à dire une vérité révélée par elle-même. L’ensemble de ses quatre textes qu’on qualifie de recueil de base constitue avec divers textes religieux la shruti. La shruti comporte aussi Le Brâhmana (textes en prose qui proposent une étude approfondie et critique d’un texte), des textes forestiers L’Aranyaka (texte ésotérique qu’on ne peut réciter que dans le silence de la forêt) et enfin les Upanishad qui constitue la fin du Véda. La littérature indienne classique comprend deux catégories de textes, les textes « sacrés » qu’elle rattache à la shruti, et les œuvres profanes nées de l’inventivité humaine, transmises par la Smriti, et la mémorisation comme les textes philosophiques les âgama, le vedânta et les grandes épopées du Mahâbhârata et le Râmâyana et bien sûr les Yoga Sutra de Patanjali.

Cette brève introduction des textes fondateurs de la philosophe indienne va nous permettre de comprendre la genèse des spéculations philosophiques de l’Inde (le mot spéculation a ici un sens de questionnement philosophique). La plupart des textes ont en vue le sacrifice qui était au centre même de la pensée védique. Ce sacrifice ne peut se faire que par des rituels codifiés et non par des dogmes afin de tisser des liens entre les hommes et les puissances cosmiques. Ce tissage harmonieux ne se fait que par des dons (offrandes) et des sacrifices (feu purificateur). De part son action, l’homme peut mettre en danger l’équilibre du monde. En protégeant l’ordre du monde par le sacrifice, l’homme protège le Dharma et il protège ainsi son Salut. La contrepartie de cette action qui constitue à sacrifier constamment est l’incertitude de ce qu’on va recevoir en retour. Au début, il n’y avait que le principe unique de l’Un (eka) appelé aussi Cela, principe étant perçu comme origine du monde puisqu’il est non-né. Ainsi la mise en forme du monde serait un passage par étapes successives du non-Etre au monde phénoménal (le monde tel que nous nous le représentons). En dehors de Cela, il n’existe rien d’autre. Par la puissance de l’ardeur créatrice (tapas), l’Un pris naissance. Et pour prendre naissance il faut un désir et ce désir fut le développement originel qui a été la semence première de la conscience. Or ce n’est ni l’Un ni le sacrifice qui marquent la pensée védique mais la notion de Brâhmana. Ce terme désigne l’énergie érigée en force universelle qui opère le sacrifice védique (le feu et la fumée sont ici le lien entre le monde ici-bas et celui des dieux). C’est ainsi que la quête de principe universel de l’Absolu trouva sa place dans le principe du Brâhmana comme absolu et créateur. Il est le réel du réel. (satyasya satya). C’est à partir d’ici que se déploie une nouvelle idée, d’un principe de regard vers soi. Cette nouvelle spéculation naissante fait apparaître que dans la cohésion du monde (Dharma), il y aurait des correspondances entre deux mondes, microcosme et macrocosme. Ce microcosme n’est rien d’autre que son soi-même (âtman) et serait en liaison étroite avec un monde extérieur (Brâhmana). Ce principe de Atman/Brâhman fait la jonction finale des derniers shruti de la période védique les Upanishad. L’évolution va progressivement conduire à intérioriser le rituel (sacrifice matériel) à la faveur d’un sacrifice mental. Alors le regard va s’inverser vers un regard intérieur et non plus vers le ciel, ainsi le sage va découvrir par son œil interieur la lumière de l’immortalité. C’est ainsi que le Brâhman vas rejoindre le grand Soi l’Âtman. Tel est le grand Soi, sans commencement, sans viellesse, sans mort, immortel, bienheureux, le Brâhman. C’est à partir de là, que célébrent les textes connus sous le nom des Upanishad. Ils sont comme des dialogues philosophiques, comme des questions-réponses de forme libre ou parfois lyrique. Les spécultations des Upanishad considèrent le soi-même l’âtman comme un principe fondamental, psychologique, moral et spirituel qui s’interroge sur la signification du mot être. Le Soi apparaît comme « souffle de vie », comme principe et foyer de toute connaissance. C’est par la méditation, ce sommeil profond bienheureux sans objet que l’on va goûter à la saveur de la félicité. Le yogi peut alors dormir comme un bienheureux, il n’a plus de pensée. Le soi individuel se dévoile à la faveur d’un soi universel et le yogi accède à la caverne de son cœur, cet espace concentré à l’intérieur de l’âtam devient vaste comme l’univers, comme le brâhman, le principe absolu. Cette expérience ultime dont la lumière cosmique se révèle identique à la lumière qui brille à l’intérieur de l’homme va être l’aboutissement de la recherche spirituelle de l’homme sur terre. L’évolution de la philosophie des Upanishad va amener vers la découverte de la nécéssité de la loi de l’acte (karman) et de ses effets sur la transmigration des êtres (samsâra). La loi de l’acte qui va être le sujet majeur de la Bhagava Gïtâ et dont nous reviendrons dans la Newsletter de juin, postule que toute action entraine dans le temps sa juste redistribution. Il ne s’agit plus de l’acte sacré comme du temps du début des Véda mais de l’acte interessé et égoïste en perpétuel devenir, celui des morts et des naissances répétés (samsâra). Chaque acte bon ou mauvais devra être à chaque réincarnation dilué afin de ne pas s’attacher aux fruits de l’acte. Le yogi va prendre conscience que le mal ne vient pas de l’action même ou des actes mais comment il se positionne dans l’action. Il y a une autre attitude fondée sur le détachement intérieur qui est rendu possible par une autre connaissance de soi et qui conduit à la délivrance, au Salut. A partir de ce moment, Arjuna et krishna vont nous délivrer le message du yoga dans la Bhagavad Gîtâ.

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